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La décroissance peut-elle être heureuse ?

Décroissance heureuse - Image par Julie Blanc

Consommation

La décroissance peut-elle être heureuse ?

Par la rédaction

Le 31/08/2020 et modifié le 21/01/2022

Mouvement, concept économique, politique et social, mais aussi mode de vie, la décroissance est une notion qui trouve davantage de résonance au sein de la société d'aujourd'hui

Alors que dans tous les pays, une course effrénée à la production de richesses se fait plus pressante chaque année, beaucoup estiment depuis quelques décennies qu'assurer dès aujourd'hui un meilleur avenir pour la planète et ses habitants requiert l'application d'un nouveau modèle

Malgré ses détracteurs, la décroissance apparaît ainsi comme une vision alternative, et ses partisans sont de plus en plus nombreux.

La décroissance dans l'Histoire

La conception de décroissance prend véritablement source dans les années 1970, alors que certains intellectuels critiquent les problématiques environnementales et sociales nées de la croissance économique. 

Ces observateurs prennent alors unanimement conscience de l'ampleur de la crise écologique d'origine anthropique qui se profile si aucune limite n'est appliquée sur l’extraction des ressources naturelles destinées à alimenter la croissance économique.

Les travaux de l'économiste américain Georgescu-Roegen constituent l'un des premiers ouvrages à désavouer la croissance économique. Ces publications inspirent par la suite de nombreuses autres personnalités, dont le philosophe français André Gorz, le premier à utiliser le terme, décroissance

Depuis le début des années 1970, le concept est relayé et prend davantage son essor. Aujourd'hui, même si les partisans de la décroissance gagnent en nombre, les personnalités opposées à cette théorie sont également considérables, entravant sa rapide expansion.

 

La théorie de la décroissance

La décroissance est une théorie touchant à la fois les domaines économique, politique et social. L'esprit du concept est d'appliquer un modèle à l'opposé de celui ayant pour objectif la croissance économique qui est appliquée depuis le XXe siècle dans les sociétés contemporaines.

L'augmentation du niveau de vie est depuis des décennies la principale ambition de tout un chacun, se traduisant au niveau national par la production de richesses reflétant la croissance économique. 

L'indicateur le plus emblématique de cette quête perpétuelle de croissance est le Produit Intérieur Brut ou PIB, quantifiant la richesse annuelle générée par les agents économiques et les États.

Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, les personnalités sont cependant nombreuses à alerter sur les méfaits de la croissance économique continuelle basée sur l'exploitation de ressources naturelles

Le concept de la décroissance s'attaque aux fondements de la croissance économique et conteste le PIB, qui serait donc un instrument incohérent pour indiquer l'épanouissement des agents économiques.

La théorie de la décroissance dénigre la croissance économique, notamment sur les aspects du productivisme et du consumérisme. Produire à répétition en exploitant les ressources qui sont limitées, créer de nouveaux besoins et pousser en permanence à la consommation sont des incohérences, soulignent les partisans de la décroissance.

Les idées véhiculées par ce concept sont fondées sur plusieurs principes, dont le tarissement des ressources naturelles et énergétiques ou l'impact environnemental, social et sanitaire de cette intense extraction des richesses de la biosphère. 

La décroissance est une théorie dont l'un des objets est de donner à chacun l'occasion de retrouver le sens des limites. Ce concept vise à remodeler la société, à l'éloigner des tendances actuelles créant une production irresponsable de richesses et favorisant des dégradations non seulement environnementales – en raison des extractions des milieux naturels –, mais aussi sociales – en raison de l'inégalité des revenus.

 

La décroissance heureuse

Matérialiser le concept de décroissance implique de réduire la consommation et la production inutiles. 

Rendre concrète cette théorie impose également de modifier la perception affirmant qu'un taux de croissance économique plus élevé est toujours la situation la plus enviable. 

Lorsque des gouvernements appliquent une politique de décroissance, le taux de production de richesses indiqué par le PIB est amené à être faible. Dans ce cas, l'outil PIB lui-même est appelé à être substitué par d'autres – liés cette fois au bien-être – pour quantifier l'épanouissement de leur population.

 

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Telle une illusion, le PIB n'indique pas réellement le bonheur des populations, selon les tenants de la théorie de la décroissance. Lorsque le PIB est en augmentation, cela signifie qu'une croissance économique est notée et que les agents économiques sont censés mieux se porter. 

Le PIB regroupe pourtant un ensemble d'objets, de valeurs et autres richesses, produits au sein d'un pays, alors que tous les agents n'y ont pas accès, par choix ou tout simplement en raison de leurs capacités financières limitées.

En tant qu'indicateur, le PIB évalue ainsi uniquement la production de richesses, et exclut malheureusement d'autres facteurs participant pourtant au bien-être réel des agents. 

En guise d'illustration, le fait de produire soi-même les réponses à ses besoins – à l'instar de la culture de légumes chez soi, ou de confectionner soi-même son pain – tout comme les échanges de services entre particuliers ne sont pas envisagés dans le calcul du PIB. De telles notions contribuent pourtant au véritable bien-être et sont plus à même d’être employées avec d'autres – comme l'indicateur de développement humain ou l'empreinte écologique – pour mettre en pratique la décroissance. 

Les défenseurs de la décroissance évoquent ainsi à travers l'expression « décroissance heureuse » cette situation liée à la mise en place de la théorie au sein d'une société.

Pour certains partisans de la théorie, la décroissance est une notion reposant sur 3 éléments fondamentaux et interdépendants :

- Le mode de vie est le premier d'entre eux et il préconise à la société de produire de manière responsable et de consommer intelligemment en limitant les impacts sur la planète.

- La technologie est le deuxième élément, dans un esprit de quête perpétuelle d'innovations visant à réduire l'utilisation des ressources naturelles et prônant un parcours circulaire de la production des biens.

- Le troisième facteur est la politique, dont le rôle est de proposer des stratégies globales dans un esprit de décroissance.

Les actions conjointes de ce triptyque sont ainsi à la source de la décroissance heureuse.

D’un point de vue plus pragmatique on peut considérer que la décroissance heureuse passe par une acceptation personnelle d’une réduction de la consommation accompagnée d’un changement de vision du monde consumériste. 

A l’inverse il va de soit qu’une décroissance subie à toutes les chances d'engendrer colère,  frustration et sentiment de manque.

 

La décroissance est-elle possible, envisageable ? Les exemples

La décroissance commence aujourd'hui à tracer son chemin, même si aucune initiative de grande ampleur n'est encore officiellement annoncée. De nombreuses situations donnent en effet l'occasion de constater que certaines démarches initiées au cours des années récentes sont inspirées de cette théorie. 

Appliquer la décroissance est ainsi possible, mais pour être vraiment effective, la démarche doit être collective tout en intégrant la transformation du mode de vie, l'accélération des innovations technologiques et la mise en place de stratégies politiques globales.

En Nouvelle-Zélande, le budget de l’État a par exemple pris en compte le critère du bien-être. Cette situation est en quelque sorte une illustration que la décroissance est possible et que la théorie monte doucement, mais sûrement en puissance. 

La première ministre du pays a en effet pris la décision de mettre le bien-être aux côtés de critères prépondérants comme l'environnement ou la pauvreté des enfants dans l'évaluation de son budget. Cette démarche suit d'ailleurs celle d'un autre pays autarcique, le Bhoutan, dont l'indicateur de richesse officiel est le BNB ou bonheur national brut.

Rendre possible toute démarche de décroissance passe ainsi par les actions des autorités politiques. En matière de fiscalité et de législation, les initiatives peuvent par exemple être prises sur les biens et les transactions induisant des coûts environnementaux et sociaux élevés

La mise en place de taxes sur les billets d'avion se rapproche par exemple des principes de décroissance, tout comme la création de réglementations interdisant l'utilisation des plastiques à usage unique.

Outre le domaine de la politique, la prise de conscience récente de la société sur la nécessité d'un changement de mode de vie semble également marquer l'adhésion aux principes de décroissance. 

La prédilection des consommateurs pour les aliments biologiques au détriment des productions industrielles illustre que l'application de la théorie est tout à fait possible. 

Ces dernières années, une nette préférence est notée pour les denrées alimentaires provenant d'un mode de culture biologique, comme en témoigne le bond de + 15 % du marché en 2018 suivit d’un + 13,5 % en 2019.

Alors que le mode de production de ces aliments est respectueux des sols, les cultures biologiques ont un rendement moins élevé par rapport à celles réalisées à grand renfort d'intrants phytosanitaires. Cette baisse de la production correspond ainsi aux principes du concept de décroissance.

 

La décroissance et l'environnement

La mise en place de stratégies politiques visant à une production de valeurs et de richesses en harmonie avec les ressources naturelles et une prise de conscience collective des agents économiques quant à la nécessité de freiner le consumérisme génère des impacts positifs pour l'environnement. Lorsque la demande est freinée et si les besoins de produits de toute sorte ne sont plus créés, l'extraction de matières premières naturelles diminue.

La préservation de la biosphère et des ressources naturelles est l'une des principales finalités de la théorie de la décroissance. Si le concept vient à être reconnu, adopté et appliqué par tous comme étant la seule alternative propice pour garantir un meilleur avenir aux générations futures, l'environnement sera l'un des principaux gagnants. 

Pour juguler cette pression de l'Homme sur l'environnement exercée depuis plus d'une centaine d'années, ce changement radical à la fois de mentalité collective et de stratégie globale en matière de politique est nécessaire.

 

Quel impact sur le style de vie ?

Du point de vue de la consommation, la théorie de la décroissance incite les acheteurs à ne consommer que les produits ou services dont chacun a vraiment besoin. Un tel style de vie reflète une manière plus responsable et plus intelligente de dépenser. 

Les produits et services actuels considérés comme de luxe seront par ailleurs réduits, pour laisser place à davantage de biens dont la production accorde la priorité à la préservation de l'environnement, à la création de revenus aux communautés locales et à la prise en charge des services sociaux.

L'éthique, le social et l'environnement gagnent ainsi davantage d'importance, au détriment de la production brute de richesses. 

La coopération entre les différentes régions du monde est également maximisée selon la théorie de la décroissance, et le bonheur et le bien-être sont des critères indispensables pour mesurer l'épanouissement des sociétés. 

Dans la pratique, moins de production pourrait également impliquer de réduire les heures de travail pour laisser plus de temps aux loisirs.

En matière économique, de nouveaux modèles devraient se vulgariser. Des produits et services adaptés à la décroissance devraient davantage apparaître. D'une manière concrète, ces produits se présentent par exemple sous la forme d'équipements ayant une durée de vie très longue, bien plus robustes et proposant des fonctionnalités multiples. 

La création de nouvelles normes correspondant aux principes de la décroissance devrait également pousser les entreprises à s'orienter davantage vers cette voie. 

Plus qu'un courant économique, la décroissance est ainsi une nouvelle philosophie de vie que chacun peut s’approprier et appliquer sans délai. Plutôt que d'attendre que les dirigeants politiques créent des stratégies publiques, chacun peut intervenir en tant qu'agent économique afin de stimuler la décroissance. Certaines entreprises commencent déjà à franchir le pas. 

En modifiant son mode de consommation, chaque personne est en mesure de freiner la production continuelle de biens épuisant les ressources naturelles.

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