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Neutralité carbone : un défi est lancé

Neutralité carbone - Image par Gerd Altmann

Innovations

Neutralité carbone : un défi est lancé

Par la rédaction

Le 02/11/2020 et modifié le 10/02/2021

Pour contenir l'augmentation globale des températures globales sur Terre à environ + 1,5° C en 2100, les pays signataires de l'accord de Paris s'engagent à parvenir à la neutralité carbone en 2050. 

La neutralité carbone devient un thème récurrent, non seulement dans les médias, mais aussi à travers les politiques climatiques. En France, de nombreux acteurs de la société sont concernés, notamment les entreprises. 

Le principe de neutralité carbone, de quoi parle-t-on exactement ?

Devenir neutre en carbone implique pour un pays – ou toute autre entité – la mise en œuvre de divers dispositifs. L’objectif est simple : La quantité des émissions anthropiques de GES doit être à l'équilibre par rapport aux absorptions de gaz polluants par les puits de carbone (procédés chimiques ou stockage naturel -forêts, océans… - ou non.

Autrement dit,  lorsqu'une tonne de gaz à effet de serre est émise dans l'atmosphère, des puits de carbone – peu importe leur localisation – doivent être en mesure de capturer la quantité équivalente de GES rejetée. 

Dans une trentaine d'années, toute quantité de gaz à effet de serre sera impérativement équivalente aux capacités des puits à capturer le CO2

 

Réduire les émissions de GES et augmenter la capacité des puits de carbone 

Des émissions de gaz à effet de serre plafonnées et des puits de carbone suffisants pour les capturer impliquent de : 

- Réduire à leur valeur minimale des émissions de carbone en 2050. Selon l'organisation Global Carbon Project, l'utilisation de combustibles fossiles rejette chaque année environ 34,7 GT de CO2-eq. Cette quantité doit être revue à la baisse. Dans la pratique, le paysage des transports donnera par exemple davantage de place à des systèmes de mobilité moins polluants, à l'instar des voitures électriques ou de l’autopartage.

- Protéger les puits naturels de carbone et mettre en place des dispositifs pour renforcer leurs actions. Malgré leurs très importantes capacités, les océans et les forêts n'arrivent à absorber que 23 % et 29 % des GES, selon Global Carbon Project. 

En 2050, la capacité totale des puits de carbone devra ainsi être relevée afin d'absorber une part plus importante de GES. 

Dans les faits, cela implique de moins polluer et de mettre en place des stratégies visant à la protection des espaces naturels continentaux tout en privilégiant la reforestation. La recherche scientifique est également poussée pour favoriser toute innovation permettant de capturer les gaz polluants.

 

La neutralité carbone en France et dans les entreprises

La France nourrit de grandes ambitions en ce qui concerne sa politique climatique, dont celle de devenir l'une des premières nations en matière d'économie verte. Dans cette optique, l'un des impératifs est donc de parvenir à la neutralité carbone en 2050. De nombreux dispositifs sont ainsi mis en place, dont la Stratégie Nationale Bas-Carbone ou SNBC. Cette feuille de route donne une orientation nationale pour atteindre la neutralité carbone. 

Si les autorités sont totalement investies dans le défi de la neutralité carbone, les entreprises françaises sont tout autant mobilisées. Les textes réglementaires accompagnent les entreprises dans cette voie. 

Un article de la loi de transition énergétique pour la croissance verte instaure par exemple la réalisation de reportings carbone pour les compagnies de tous secteurs. 

Les entreprises sont appelées à mesurer et à publier régulièrement les rejets de GES liés à leurs activités, une démarche permettant ensuite d'initier une politique de contrôle et de réduction de leurs impacts environnementaux. 

 

Entreprises : comment atteindre la neutralité carbone ?

Le reporting carbone ou bilan carbone mesure la quantité des émissions réalisées dans le cadre des activités de l'entreprise. 

En France, cette démarche est obligatoire pour les entreprises privées de plus de 500 salariés, pour les collectivités dépassant 50 000 habitants ainsi que pour les organisations publiques de plus de 250 fonctionnaires. 

Les acteurs concernés par le reporting carbone peuvent ainsi l'effectuer auprès de l'Agence de la Transition Écologique ou Ademe

Le diagnostic réalisé permet à chaque acteur de prendre connaissance des impacts de ses activités sur l'environnement. 

Cette démarche est indispensable, offrant à chaque entité une opportunité d'élaborer ensuite une stratégie pour réduire son empreinte carbone. Par exemple, ces entreprises peuvent investir dans les énergies renouvelables ou privilégier des activités en faveur du climat, pour compenser leurs émissions de GES

 

Neutralité carbone en 2050 : l'Europe également engagée

Si le principe de neutralité carbone divisait plutôt les pays du Vieux Continent par le passé, depuis mars 2020 les nations européennes se sont accordées autour du sujet. 

Les États membres de l'Union parlent ainsi d'une même voix et s'engagent de manière commune pour ce défi. 

Un accord est ainsi signé lors du Conseil européen à la fin du premier trimestre de la même année. L'objectif est de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre des pays européens, et chaque nation est mobilisée à travers ses contributions déterminées au niveau national ou NDC. 

 

L’objectif de neutralité carbone de l’Union européenne en 2050 est-il réaliste ?

Le paquet énergie-climat 2020 de l’Union européenne vise trois grands objectifs axés sur les gaz à effet de serre, la consommation énergétique et l’emploi des énergies renouvelables. À l’heure du bilan, l’Europe reconnaît un succès relatif de ses efforts. 

Le groupe des 27 se montre aussi beaucoup plus ambitieux et cible désormais la neutralité carbone à l’horizon 2050. Que faut-il attendre de ces nouvelles ambitions climatiques de l’UE ?

 

Un bilan positif, mais incomplet pour le plan 20-20-20

En 2008, l’Europe dévoilait son fameux paquet énergie-climat 2020 présenté sous la formule 20-20-20. C’est un plan avec trois objectifs majeurs, dont :

  • L’augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique.
  • L’utilisation d’énergies renouvelables à hauteur de 20 % de la consommation totale.
  • La réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux mesurés en 1990.

Pour renforcer cet ambitieux programme, l’Union européenne a transposé deux des objectifs, sur les énergies renouvelables et la réduction des GES, en lois contraignantes pour tous les pays membres. 

Des mesures de soutien ont également été adoptées comme le financement des travaux de rénovation énergétique, les subventions en faveur des énergies éoliennes et solaires et le renforcement du marché carbone EU-ETS.

Ces dispositions se sont révélées déterminantes dans le succès du paquet énergie-climat. En 2020, les énergies renouvelables représentent environ 23 %, et de leur côté, les émissions de GES ont chuté de 25 % en 2019 par rapport à 1990. Les premières estimations pour 2020 réaffirment cette tendance baissière, d’autant plus que la crise sanitaire et la paralysie de l’économie mondiale ont contribué à limiter les rejets de gaz à effet de serre.

En revanche l’UE n’a pas atteint son troisième objectif relatif à l’optimisation de l’efficacité énergétique. La consommation en énergie primaire a reculé de seulement 9,8 % en 2018 par rapport à 2005, tandis que celle en énergie finale a baissé de 5,9 %. Ces chiffres bien qu’en baisse restent encore loin des 20 % de repli attendu dans le paquet énergie-climat de l’UE. 

Cet échec pose problème, sachant que les objectifs de 2020 ont été calculés de manière à placer l’Europe sur une trajectoire menant vers la neutralité carbone à l’horizon 2050.

 

Une révision nécessaire de la comptabilisation des émissions carbone

La comptabilisation des émissions de carbone est un objectif très ambitieux, qui demande aux pays membres des efforts supplémentaires en matière de politique énergétique et environnementale. L’Europe doit avant tout revoir sa méthode de calcul puisqu’aujourd’hui elle comptabilise uniquement les émissions de GES provenant des biens produits sur son territoire. 

Les émissions carbone des biens importés ne sont pas incluses dans ce mode de calcul. 

En France, le Haut Conseil pour le Climat a déjà alerté sur le sujet.

Malgré une diminution notable des émissions de GES dans le pays depuis 2005 d’après les chiffres officiels, le HCC s’alarme de l’augmentation constante de l’empreinte carbone des importations françaises, ainsi que de celle du transport international. 

Le calcul employé par la France, et par l’UE en général, est donc biaisé. 

Pour mieux chiffrer les rejets de carbone dans l’atmosphère, l’Union européenne doit changer de méthode et considérer l’ensemble des émissions provenant des biens consommés par ses citoyens, qu’ils soient produits localement ou importés.

Cette formule fournit des renseignements plus près de la réalité qui serviront dans l’ajustement de la politique commerciale des 27 pays de l’Union. La Commission pourrait, par exemple, rééquilibrer ses échanges avec des pays très peu soucieux de la question environnementale, comme l’Australie, très dépendante aux énergies fossiles ou encore le Brésil avec la déforestation en Amazonie.

 

Conserver et entretenir les puits de carbone

Toute ambition de neutralité carbone serait vaine si les efforts de réduction d’émissions de GES ne tenaient pas compte de la préservation des puits de carbone. 

Les fonds marins, les tourbières, les forêts, les pâturages et les zones humides font partie de ces précieux éléments de la planète qui absorbent plus de CO2 qu’ils n’en rejettent. 

Pour les pays de l’Union européenne, l’entretien de ces puits de carbone passe par une révision complète des politiques agricoles nationales et transnationales.

Les changements d’usage de terres agricoles émettent chaque année l’équivalent de 30 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Il faut donc une politique dynamique de la part de l’Europe pour non pas réduire la capacité d’absorption des puits, mais au contraire l’accentuer en transformant par exemple des terres agricoles en pâturage ou en forêt.

 

Redoubler d’efforts sur tous les fronts

La trajectoire empruntée par l’Union européenne en matière de climat et d’énergie est des plus prometteuses. Cependant, il faudrait procéder à des ajustements pour concrétiser la neutralité carbone à l’horizon 2050. L’échec de la politique d’efficacité énergétique ces dix dernières années devrait conduire la Commission à revoir sa copie dans ce domaine. 

L’Europe a aussi besoin d’accélérer la réduction d’émissions de carbone dans les secteurs les plus polluants, notamment la production d’électricité, l’industrie, l’habitat et le transport.

Ces efforts font partie du programme dévoilé en 2018 par la Commission européenne dans sa vision stratégique 2050. Le chemin s’annonce sinueux et long, mais les dirigeants européens comptent bien s’armer de tous les outils juridiques, politiques et financiers à leur disposition pour parvenir à la neutralité carbone en 2050.

 

La Chine en course pour la neutralité carbone 

Au cours de la 75e session de l'Assemblée générale de l'ONU de septembre 2020, le président chinois annonce l'engagement de son pays pour parvenir à la neutralité carbone avant 2060

Alors que l'Empire du Milieu serait responsable du quart environ des émissions mondiales de carbone, cet engagement traduit la volonté du pays à œuvrer en faveur des questions climatiques. L'accent apporté à l'expansion des sources d'énergies vertes dans ce pays semble d'ailleurs l'illustrer. Rien qu'en 2020, le parc alimentant la Chine en énergie photovoltaïque s'étendra de 33,1 GW supplémentaires. 

Entre 2021 et 2025, environ 65 GW s'ajouteront chaque année grâce à l'expansion des installations en énergie solaire.

 

Engagement japonais et Coréen pour la neutralité carbone

Le président de la Corée du Sud Moon Jae-in et le premier ministre Japonais ont fait part en octobre 2020 de leur décision de participer aux efforts pour accéder à la neutralité carbone en 2050

Le nouveau premier ministre nippon annonce que son pays – 6e plus grand émetteur de GES au monde dans le classement de Global Carbon Project – s’inscrit dans la course à la neutralité carbone. 

Si aucun plan précis n'a été développé au cours de leurs déclarations, la piste probable envisagée serait l'innovation, le premier ministre Japonais évoquant notamment les accumulateurs de dernière génération. 

 

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