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Des déchets plastique plein les océans

Dechets plastique Ocean - Image par Ben Kerckx

Déchets

Des déchets plastique plein les océans

Par la rédaction

Le 12/02/2021 et modifié le 15/11/2021

Certains croient que l’immensité et la profondeur de l’océan Pacifique en font un excellent déversoir pour les ordures industrielles et ménagères. Chaque année, des millions de tonnes de déchets sont jetés volontairement ou acheminés vers le Pacifique par les fleuves et cours d’eau d’Asie et des Amériques.

 

Un septième continent… constitué de déchets

En Chine, plus de 1,5 million de tonnes de déchets rejoignent chaque année la mer Jaune depuis le fleuve Chang jiang, soit un dixième des pollutions plastiques déversées chaque année dans les océans. 

 

 

Ces détritus se déplacent au gré des vents et des courants marins dominants, jusqu’à atteindre les zones de convergence océaniques comme celles du Pacifique Nord. À ces endroits, des milliards de débris en plastique de toutes tailles s’agglutinent et forment un « vortex » de déchets flottants. 

On compte 7 vortex de ce type dans le monde. L'océan Pacifique abrite le plus immense d’entre eux : le Great Pacific Garbage Patch ou GPGP.

Ce vortex a été découvert en 1997 par l’océanographe Charles J. Moore. Il se situe entre la cellule de Hadley et celle de Ferrel dans le nord de l’océan, une zone où les courants sont relativement faibles et où le trafic maritime est très calme. Il est tellement vaste qu’on le surnomme le « 7e continent ». 

Selon les estimations, ce vortex s'étend entre 1 400 000 et 2 000 000 km², soit plus de trois fois la superficie de la France.

Ce continent flottant compterait plus de 1 800 milliards de déchets allant de quelques nanomètres à plusieurs mètres de diamètre. 45 % de la masse de ce « continent » est constituée de filets de pêche abandonnés ou perdus

Les microparticules comptent pour 8 % du poids total, mais représentent plus de 94 % des morceaux de plastique. Plus alarmant, le vortex du Pacifique nord s’agrandit à un rythme exponentiel, surtout depuis le tsunami qui a frappé le Japon en 2011. À elle seule, cette catastrophe aurait provoqué le déversement de 5 millions de tonnes de déchets plastiques dans le Pacifique.

 

Une pollution marine incontestable

Le plastique dans le Pacifique occasionne avant tout une pollution visuelle incommensurable. Sur l’ensemble des déchets déversés dans la mer, 94 % coulent jusqu’au plancher océanique. 

 

desastre plastique

1 % des débris se décomposent en microparticules et se maintiennent jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur. Le reste est emporté par les courants de sortie en périphérie du GPGP et transporté jusqu’aux côtes ouest des États-Unis, au nord du Japon ou à Hawaï. Ces déchets arrivent même jusqu’aux côtes de l’île Henderson, dans le Pacifique sud.

 

Des particules mortelles pour les animaux marins

Le plus grave préjudice causé par les débris marins concerne cependant les animaux. Ce plastique en s’amoncelant dans l’eau, crée des barrières et des enchevêtrements artificiels qui gênent la circulation des poissons et des oiseaux. 

 

Pollution plastique océan

 

Les filets de pêche abandonnés causent le plus de dommages. Leurs mailles serrées et leurs fils tranchants blessent et tuent les tortues, raies, pieuvres et autres animaux marins. Lorsqu’ils ne s’entremêlent pas dans les détritus marins, les animaux marins confondent le plastique avec de la nourriture et leur estomac se retrouve obstrué. 

Certains détritus contiennent des substances toxiques qui provoquent des troubles de l’orientation, de la digestion ou de la respiration chez l’animal. Dans les deux cas, l’ingestion de plastique menace gravement la santé de l'oiseau ou de l'animal marin et l’expose à une mort douloureuse.

Selon une étude menée par deux chercheurs de l’Université de Tasmanie et publiée dans Scientific Report en 2019, un oiseau de mer à 20 % de risque de mourir après avoir ingéré un seul débris plastique. Le risque monte à 100 % au-delà de 93 détritus. Le décès survient alors à la suite d’une obstruction des voies gastro-intestinales. 

Les ballons en plastique sont les plus meurtriers, bien plus que les plastiques solides qui représentent 92 % des déchets ingurgités par les oiseaux.

 

La prolifération d’espèces envahissantes

Une étude Goldstein de 2012 montre que les mouvements de plastiques peuvent bouleverser les écosystèmes marins. 

Les particules servent de « véhicules » de transport pour des espèces potentiellement envahissantes. 

L'étude montre en exemple l’araignée d’eau Halobates sericeus, une espèce qui se nourrit principalement d’œufs de poisson et de phytoplancton. Les scientifiques constatent que cette araignée d’eau aime déposer ses œufs sur les morceaux de plastique flottants. Cette espèce est donc avantagée par la multiplication de ces déchets dans l’eau, et peut facilement proliférer dans les océans, ce qui représente un risque réel pour la biodiversité marine.

 

Vecteurs de maladies et néfastes pour la reproduction de la faune marine

Outre les risques d’étouffement suite à leur ingurgitation, les particules plastiques peuvent aussi contaminer les animaux marins. Les métaux lourds, les additifs et autres constituants chimiques de ces déchets sont bio-accumulés par les espèces qui les consomment. La moule, par exemple, absorbe et retient facilement le plomb, tandis que les mollusques capturent le cadmium et le mercure. En plus de ces contaminants chimiques, les plastiques rejetés dans les océans abritent également des agents pathogènes potentiellement néfastes pour la biodiversité marine (Zettler et al.2013).

Une autre étude met en évidence l’impact des microparticules sur la reproduction de certaines espèces marines (Sussarellu et al.2016). L’huître creuse, par exemple, confond ces éléments avec sa nourriture habituelle, le phytoplancton. Or, en ingérant des fragments microscopiques de plastiques, elle doit filtrer une plus grande quantité d’eau pour avoir sa ration alimentaire. Cet effort supplémentaire pour se nourrir perturbe la capacité de reproduction de l’huître. A plus grande échelle, cela pourrait être dévastateur pour la biodiversité marine.    

 

Déchets plastiques expédiés à l’étranger, nouveau péril pour les mers et océans

La majorité des plastiques qui se retrouve dans les mers et les océans est transportée loin depuis l'amont par les rivières et les fleuves. Le cas de la Chine et des déchets plastiques charriés par les eaux du fleuve Changjiang et se déversant dans la mer Jaune n’est malheureusement pas une exception. Cette situation est même de plus en plus fréquente :

aujourd'hui près de 80 % des déchets plastiques polluant les océans proviennent des cours d’eau selon les estimations.

Lorsque l’objectif est d’inverser cette tendance préoccupante, une organisation plus efficace de la gestion mondiale des déchets plastiques est indispensable. Depuis 2018, année où la Chine s’est opposée à l’accueil des déchets plastiques sur son territoire, la situation a empiré, laissant craindre une augmentation de la pollution dans les océans. En effet, plusieurs pays asiatiques et africains se sont positionnés pour accueillir les déchets plastiques, alors que leurs techniques et leurs capacités de recyclage sont plus faibles et moins efficaces que celles des Chinois.

Expédier des déchets plastiques hors des frontières et vers des pays lointains n’est donc pas la solution. 

Aucune garantie n’existe en effet aujourd’hui quant au traitement et recyclage de ces déchets de matières plastiques envoyés à l’étranger. 

En l’absence de transparence sur la suite qui leur est réservée, plusieurs risques demeurent comme les dépôts sauvages près des cours d’eau entraînant facilement leur déversement dans les océans.

 

Quelles solutions contre les déchets plastiques ?

L’élimination d’un bloc de détritus s’étendant sur plus de 1,6 million de km² exige la coopération des États riverains et d’immenses investissements. Interdire le rejet de plastique dans les mers, comme les États-Unis le font déjà, est déjà un geste fort, mais insuffisant. La lutte contre cette forme de pollution passe par une révision draconienne du modèle de consommation des pays concernés.

Les solutions les plus évidentes, mais loin d’être les plus faciles, résident dans l’abandon du plastique à usage unique et l’institutionnalisation du recyclage

Limiter plastique

Sachant que la production de plastique n’a de cesse d’augmenter, la quantité de déchets non bio-dégradables déversés dans les océans risque de doubler d’ici à 2025. Il est donc plus qu’urgent d’agir sur le fléau des plastiques marins, en particulier sur le vortex GPGP du Pacifique Nord.

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