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Le Pacte mondial du méthane prend forme à la COP26

Image par Nicola Giordano

Planète

Le Pacte mondial du méthane prend forme à la COP26

Par la rédaction

Le 09/11/2021 et modifié le 09/11/2021

Initié par l’UE et les Etats-Unis en septembre, rejoint par deux douzaines de pays en octobre, le Global Methane Pledge s’offre un joli coup de projecteur au sommet de Glasgow. Plus de 100 pays y ont promis de signer le pacte. Ces engagements apportent une nouvelle dynamique dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Un grand coup porté aux GES

Selon le bilan mondial du méthane publié en juillet 2020, les émissions mondiales de ce puissant gaz à effet de serre ont augmenté de 9 % entre 2006 et 2017, pour atteindre 600 millions de tonnes. 

 

methane GES

 

La même année, les rejets de CO2 s’élèvent à 37 gigatonnes, soit près de 62 fois le volume de méthane libéré dans l’atmosphère. 

Cette énorme différence n’enlève rien à la dangerosité du gaz CH4 sur le réchauffement climatique. A poids équivalent, le méthane génère un effet de serre 86 fois plus puissant que le dioxyde de carbone sur une période de 20 ans. 

Sur un siècle, son influence sur le réchauffement planétaire est 28 à 34 fois supérieure à celle du carbone. 

En 2019, 16 % du réchauffement climatique mondial incombe au CH4, dont les concentrations dans l’atmosphère ont presque triplé entre 1750 et aujourd’hui. 

Son impact est tel que le GIEC lui attribue près de la moitié de la hausse de la température mondiale depuis l’ère préindustrielle.

Réduire significativement les émissions de méthane permettrait d’éviter un réchauffement de la planète de l’ordre de 0,2 °C d’ici 2050. Des scientifiques affirment même qu’une réduction de 0,3 °C du réchauffement climatique est possible, rien qu’en luttant contre les émissions de méthane. Ces faits scientifiques ont motivé le lancement du Pacte mondial du méthane ou Global Methane Pledge.

Portée par les États-Unis et l’Union européenne, cette convention oblige les signataires à contribuer à la diminution de 30 % des rejets de méthane d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 2020. 

Début novembre, en pleine Conférence des Parties à Glasgow, une centaine de pays avaient déjà rallié les États-Unis et l’UE. Cette forte mobilisation donne un nouvel élan à l’effort mondial contre les gaz à effet de serre, après les débuts timides et les tergiversations de l’application de l’Accord de Paris.

 

Un levier de réduction rapide

L’Accord de Paris vise le net zéro en carbone à l’horizon 2050 et un objectif intermédiaire de -55 % de gaz à effet de serre en 2030. Jusqu’à présent, les Contributions Déterminées au niveau National (CDN), décidées à la suite de l’accord, manquent cruellement d’ambitions. Ces défaillances compromettent sérieusement la réalisation des objectifs de Paris, surtout sur le front des émissions de carbone. Le Global Methane Pledge entend rattraper ce retard, en s’attaquant au méthane.

Heureusement, on connaît toutes les origines de ce superpolluant atmosphérique. 

Le méthane provient essentiellement des activités d’exploration et d’exploitation des énergies fossiles (35 %), de l’agriculture (40 %) et des déchets laissés à l’air libre (20 %). 

Le reste vient du pergélisol, de la combustion de la biomasse, des incendies de forêt et des sources naturelles, comme les milieux humides (marécages, lacs, rivières, etc.).

En théorie, les travaux de colmatage des fuites dans les infrastructures gazières et pétrolières non étanches, l’optimisation des décharges publiques et la modification de certaines pratiques de l’agriculture et de l’élevage aideront à diminuer rapidement le méthane dans l’atmosphère.  

 

Un objectif mondial et un suivi coordonné

Près de la moitié des 20 plus grands émetteurs figurent parmi les pays favorables au Pacte mondial du méthane, dont le Canada, l’Irak, le Mexique, l’Indonésie et l’Argentine. Leur soutien est indispensable puisque ces gros émetteurs de méthane représentant 60 % de l’économie mondiale et sont responsables du tiers du méthane rejeté dans l’atmosphère. 

Ces nations possèdent à la fois la volonté et les moyens indispensables à la réalisation des objectifs du Pacte. 

Le Canada l’a déjà prouvé lors de la COP26. Le pays promet de réduire de 75 % les émissions de méthane en 2030, plaçant la barre très haut pour les autres producteurs de gaz et de pétrole.

Frans Timmermans, vice-président du Pacte, précise toutefois que la diminution du méthane au niveau mondial n’est pas une compétition entre les nations. Le curseur des 30 % d’émissions en moins constitue un objectif mondial, qui nécessite la coopération de tous les États signataires du Global Methane Pledge. 

Autrement dit, les plus gros pollueurs, principalement les producteurs de combustibles fossiles, seront en première ligne et supporteront l’essentiel de la charge de travail.

Les autres pays apporteront leur contribution, sous forme de soutien financier, technologique ou humain aux efforts de réduction des émissions de méthane. Cela inclut également la surveillance, la vérification et le reporting des actions visant à colmater les fuites de méthane. 

Les États-Unis et l’UE ont d’ores et déjà confirmé leur soutien à l’Observatoire international indépendant des émissions de méthane (IMEO), créé le 31 octobre en marge de la COP26.

 

Des bénéfices pour le climat et pour la santé

Éliminer le deuxième contributeur au réchauffement climatique sur une échéance relativement courte sera une belle victoire pour la planète. La diminution du méthane aura également des conséquences bénéfiques sur la santé. 

Le CH4 produit en effet de l’ozone troposphérique, un gaz à l’origine de nombreuses maladies respiratoires et de morts prématurées causées par la pollution de l’air

D’ici 2030, le Pacte mondial du méthane devrait empêcher 200 000 décès non naturels et contribuer à la limitation de l’asthme lié à la mauvaise qualité de l’air, en agissant directement sur les concentrations d’ozone troposphérique.

 

Pollution air mort

 

L’objectif de 30 % du Pacte n’est qu’un début. Le Programme des nations Unies pour l’Environnement (PNUE) ambitionne de porter cette cible à -45 % pour contenir la hausse des températures mondiales en-deçà de +1,5 °C. 

Cet objectif exige évidemment des mesures supplémentaires, plus d’investissements financiers et, surtout, la participation des autres gros émetteurs de méthane. 

Jusqu’ici, la Russie, l’Australie, l’Inde et la Chine restent en retrait du Global Methane Pledge. Espérons que la diplomatie mondiale parvienne à convaincre ces poids lourds de rejoindre le mouvement.

 

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